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mardi 8 décembre 2015

"D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie
Auteur : Delphine de Vigan
Broché : 484 pages
Editeur : JC Lattès (26 août 2015)
Genre : Contemporain



SYNOPSIS :
"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.


MON AVIS :
Delphine de Vigan se met elle-même en scène dans ce roman entre la fiction et la réalité. Elle reprend tout au long du récit des éléments autobiographiques mêlés à des éléments de fiction. Si bien qu’on passe son temps à vouloir démêler le vrai du faux.

Delphine la narratrice, qui est donc aussi l’auteur, se trouve dans un moment de vulnérabilité, une période d’entre-deux romans. En effet elle vient de rencontrer un énorme succès avec son dernier roman « Rien ne s’oppose à la nuit » et il est temps pour elle de se remettre au travail d’écriture. Lors d’une soirée Delphine rencontre L., une femme élégante et sure d’elle qui va tenter de la séduire. L. a le talent de savoir cerner l’Autre et sait trouver les mots pour rassurer et mettre en confiance. Elle a une aisance naturelle, une façon intrigante de s’imposer. C’est ainsi que L. et Delphine deviennent amie et nouent une complicité. La narratrice est à la fois fascinée et intimidée par cette femme. Elles ont de nombreux points communs et L. est toujours disponible pour recueillir les états d’âme de Delphine. C’est ainsi qu’elle va peu à peu s’immiscer dans sa vie et se rendre indispensable. L. s’intéresse au travail de l’auteur et cherche indéniablement à aiguiller ses choix d’écriture. Elle en est persuadée, il faut que Delphine raconte du vraie, il n’y a que ça qui intéresse le lecteur, la fiction est un style fade et démodé. La relation d’amitié devient au fil du temps oppressante : L. dont Delphine ne se méfie pas, révèle des traits de personnalité inquiétantes et surtout elle influe de manière toxique sur la vie de son amie.

L’auteur trouve les mots juste pour nous emporter avec elle dans cette relation particulière qui la lie à son amie. Une tension monte au fil des pages et on est pris de peur face à la personnalité et aux actions de L.. La manipulation est au cœur du roman. Le lecteur se sent parfois mal à l’aise devant une réalité qui dépasse la fiction ou plutôt une fiction qui se fond à la réalité. On se retrouve rapidement déboussolé et sans repères. Le doute m'a habitée pendant toute la lecture, et c'est cette impression déstabilisante d'être menée par le bout du nez qui m’a intéressé.

Delphine de Vigan traite du sujet de l’angoisse de la page blanche qu’un auteur peut rencontrer. Que peut-on écrire de plus et où trouver son inspiration après avoir connu un succès littéraire.  L’écriture est intime et doit le rester mais n’y a t’il pas toujours, dans la fiction, une part de l’auteur, un morceau de cette intimité. Faut-il retranscrire l’exacte vérité dans son récit ou l’important est-t-il que l’histoire paraisse réelle.
           

CONCLUSION :
Delphine de Vigan a su se réinventer dans ce nouvel ouvrage. Elle a une écriture accessible mais très travaillée à la fois. J’ai eu cette sensation que chaque mots, chaque phrases avaient été réfléchi pour nous tenir en haleine pendant tout le long du roman. Ce qui est certain c’est que l’auteur a su utiliser les codes du thriller psychologique pour plonger son lecteur dans un suspense qui va crescendo. La fin est à la fois prévisible mais nous laisse malgré tout sans voix.


MA NOTE :
4/5 : Une lecture que j’ai adoré, un roman à suspens qui traite de la difficulté pour un auteur de sans cesse se réinventer. C’est également le récit d’une amitié toxique. Comment dans un moment de fragilité on peut se retrouver manipulé par des personnes dont on se méfie pas au premier abord. Ce roman marche sur les traces de « Misery » de Stephen King où un auteur est séquestré par un personnage qui veut l’influencer dans ses choix d’écriture.



CITATIONS :
« L. sans doute incarnait à mes yeux une forme d’assurance, de réflexion, de conviction, dont je me sentais dépourvue. »
« En apparence, elle me portait, me soutenait, me protégeait. Mais en réalité, elle absorbait mon énergie ».
« J’ai tenté d’expliquer cette idée à laquelle je revenais sans cesse, selon laquelle, quoi que l’on écrive, on était dans la fiction : - Même si cela a eu lieu, même si quelque chose s’est passé qui ressemble à cela, même si les faits sont avérés, c’est toujours une histoire qu’on se raconte. On se la raconte. Et au fond, l’important, c’est peut-être ça. Ces toutes petites choses qui ne collent pas à la réalité, qui la transforment. »

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